Entretien avec l’auteur du « recueil d’exercices de tir – armes de poing et d’épaule, une véritable méthode d’entrainement »


Avec son premier ouvrage, Recueil d’exercices de tir – Armes de poing et d’épaule, l’auteur, LCDM ne propose pas simplement une succession de drills à reproduire sur un pas de tir. Son ambition est plus large : fournir aux instructeurs comme aux tireurs autonomes une méthode leur permettant d’organiser, de suivre et de faire progresser leur entraînement.
Le livre s’adresse aussi bien aux cadres chargés de l’instruction collective qu’aux pratiquants exigeants souhaitant structurer leur travail personnel. Il aborde les fondamentaux techniques, le travail à sec, la construction des séances, le suivi du groupe, le choix de certains équipements et des exercices adaptés à différents thèmes, jusqu’au tir en mouvement et au tir de nuit. Des standards et des séances types viennent compléter cette démarche pédagogique.
À l’occasion de sa parution, CEFID a souhaité donner la parole à LCDM afin de revenir sur l’origine du projet, les influences qui ont façonné sa réflexion et la méthode d’entraînement qu’il défend.
CEFID — Bonjour LCDM, et merci de nous accorder cet entretien à l’occasion de la parution de ton premier ouvrage, Recueil d’exercices de tir – Armes de poing et d’épaule.
LCDM — Bonjour Stéphane, merci de me recevoir et merci pour ta confiance. Que quelqu’un de ton expérience s’intéresse à ce qu’un inconnu a pu écrire sur le tir témoigne d’une ouverture d’esprit peu courante.
La naissance du projet
Commençons par l’origine du livre. À quel moment as-tu estimé qu’un tel recueil devenait nécessaire, et quel manque souhaitais-tu précisément combler ?
LCDM — Ce livre ne devait pas en être un. Quand je suis arrivé en Guyane comme chef opération et instruction de mon régiment, le chef de ma cellule tir avait la qualification et la volonté mais aucune expérience du tir, et n’était même pas fantassin. Il a fallu lui donner les outils pour qu’il dépasse le niveau « plateau » que lui a donné le stage instructeur et passe de la formation de masse qu’il faisait en tant que moniteur à de la formation plus individualisée.
Donc tout cela n’a commencé que comme une liste d’exercices que je trouvais intéressants À l’époque, je faisais du tir sportif de vitesse et j’avais un peu plus de temps que maintenant pour aller voir ce qui se faisait sur Internet : cela m’a donné une bonne bibliothèque d’exercices que j’ai pu tester et lui faire tester. J’en ai profité en parallèle pour noter tous les trucs et astuces que je glanais çà et là : quelle bretelle, comment utiliser le dust cover du HK416, comment improviser des cibles…
À la fin de nos deux ans ensemble, je lui ai donné le document complet et il m’a dit « il faut le publier ». 5 ans plus tard, grâce à Képi Blanc – dont le rédacteur en chef était tireur lui-aussi, c’était fait.
À qui s’adresse prioritairement cet ouvrage : au tireur qui s’entraîne seul, au moniteur, au cadre militaire chargé d’un groupe ou à l’ensemble de ces publics ?
LCDM — Tous ! la cible de la première partie du livre est les cadres puisqu’elle explique comment faire monter le niveau de ceux qui nous sont confiés. Cela peut être les cadres des professions armées comme les moniteurs de tir de la Fédération, et jusqu’au papa qui instruit ses enfants. La suite s’adresse plus aux professionnels armés – essentiellement militaires mais la Police y trouvera sans doute des choses intéressantes – puisqu’elle aborde des considérations d’équipements. Enfin, la deuxième moitié, le recueil d’exercices à proprement parler, intéressera tout tireur. Le seul caveat est que certains exercices ne pourront pas être réalisés dans les stands de la Fédération.
Tu publies sous le nom de LCDM. Peux-tu nous expliquer ce que représente cette identité et pourquoi tu as choisi de conserver une certaine discrétion autour de ton parcours personnel ?
LCDM — Deux raisons. La première est l’éducation : mes parents m’ont appris à ne pas se mettre en avant, la classe devant parler d’elle-même . La seconde est qu’au moment de publier j’allais prendre un poste en lien avec le tir (en gros, tête de chaine pour le tir aux armes légères pour les trois armées), et que je ne voulais pas que cette initiative soit prise comme un abus de position. LCDM c’est mes initiales, il ne faut pas chercher plus loin ! Tu peux m’appeler Louis-Charles.
Qu’est-ce qui distingue, selon toi, un excellent tireur d’un bon instructeur ? La maîtrise technique suffit-elle pour être capable de faire progresser les autres ?
LCDM — Comme pour tout sport, le coach n’est pas l’exécutant. Gérard Houllier a été coach du PSG sans jamais avoir dépassé le niveau amateur en tant que footballeur. De même, dans un binôme de tireurs d’élite, le spotter n’est pas celui qui tire.
Instruire demande de comprendre ce dont on parle ainsi que la personne à qui l’on parle. Expliquer un geste technique est difficile en soi, mais le faire comprendre l’est encore plus, et l’on ne parle ici que d’une infime partie de ce qu’est l’instruction. Il faut savoir faire le geste pour être crédible, certes, mais savoir pourquoi on le fait, savoir déceler ce qui est mal fait chez l’élève, diagnostiquer pourquoi c’est mal fait est fondamental et c’est la raison d’être de l’instructeur.
Donc pour répondre à ta question, je dirai qu’on attend de l’instructeur d’être crédible (= d’être un bon tireur, pas forcément excellent), et en plus d’être bon, idéalement excellent, en pédagogie.
En revanche, une fois que l’élève a atteint un niveau suffisant, il pourra utilement rencontrer ou observer d’excellents tireurs pour voir de lui-même ce qu’ils font différemment. Mais c’est une autre histoire.
Ton livre accorde une place importante à l’organisation et au suivi de l’instruction. Est-ce précisément ce qui manque le plus souvent : des exercices supplémentaires ou une véritable architecture pédagogique ?
LCDM — Le problème de l’instruction de masse, et trop souvent de l’instruction personnelle, est que :
- on ne sait pas où on veut aller (qui de ceux qui nous lisent peuvent me donner un chrono standard ou « acceptable » pour un changement de chargeur d’urgence au fusil d’assaut ?)
- on sait rarement d’où on vient (qui peut me dire en combien de temps il tire le bill drill ?)
-on a rarement les outils pour rédiger et encore moins la discipline pour suivre un plan d’entrainement.
Donc à mon avis ce qui manque le plus souvent est de savoir ce qu’on veut. Comment y aller est facile : il existe tout un tas d’exercices sur Youtube et pas mal de recueils de « drills » ou de « standards ». Encore faut-il identifier ce que l’on doit travailler (évaluation), vers quel but (chronos standards type Critical Task Evaluation[1]) et enfin, quel exercice pour progresser en quoi.
Si on a dix minutes pour travailler à sec par exemple, soit on improvise une séance en sachant où on pèche et quel exercice pour y remédier, soit c’est du bricolage pour se donner bonne conscience.
[1] Critical Task Evaluation : méthode d’évaluation visant à mesurer la capacité d’un individu à réaliser correctement une tâche critique dans des conditions représentatives des contraintes réelles. Elle ne s’intéresse pas uniquement au résultat final, mais également à la qualité de l’exécution, au respect des procédures, au temps de réalisation, aux erreurs et à la capacité à maintenir la performance sous pression ou en situation dégradée. Elle permet ainsi d’identifier les compétences réellement déterminantes pour la réussite d’une mission et les effets du stress, de la charge cognitive ou de la contrainte temporelle sur la performance.
Des influences majeures, mais jamais suivies aveuglément
Depuis les années 1990, de nombreux tireurs et instructeurs ont été influencés par des auteurs tels que W. E. Fairbairn, E. A. Sykes, Rex Applegate, Jeff Cooper, Massad Ayoob, Dave Spaulding, Gabe Suarez ou, en France, Philippe Perotti. Quels sont ceux qui ont le plus marqué ta réflexion ?
LCDM — Dimitri Leloup. OK ce n’est pas un auteur, mais c’est sans doute le déclic. Il était chef de la cellule tir à la section GCP du REP, la section à côté de la mienne quand j’étais lieutenant à la section tireurs d’élite, et il a été mon sous-officier adjoint puis l’un de mes capitaines. Passionné de tir, il m’a appris à apprendre. Il m’a montré ce qu’est l’esprit guerrier, que je définirai aujourd’hui comme la tournure d’esprit qui permet de trouver instinctivement dans tout ce que l’on voit la petite chose qui nous permettra d’être plus compétent dans notre métier.
Mais sinon, j’ai grandi avec les livres de Perotti comme jeune officier, je les recommande parce que leur pédagogie est remarquable. J’ajouterai à ta liste, même si ce n’est pas du tir pur (le tir n’est qu’une partie de la manœuvre, qui, elle, gagne les batailles) : On Combat, du LCL Dave Grossman, et the last hundred yards, de H.J. Poole. Les deux parlent d’instruction au combat. Aujourd’hui, après un long intermède de tir de combat, je me remets à la longue distance, et j’aime la pédagogie brute de fonderie de Pierre Breuvart.
Honnêtement, j’ai appris de tous les livres que tu mentionnes, mais j’étais un peu jeune pour en apprécier certains à leur juste valeur. Ils m’apparaissaient datés parce que j’étais incapable de faire la différence entre technique et principe. Le meilleur exemple est « the tactical shotgun » de Gabe Suarez : livre indispensable mais je pense qu’il n’y a pas une seule méthode à jour !

Que retiens-tu plus particulièrement de Fairbairn, Sykes et Applegate, dont les méthodes ont été conçues dans des contextes historiques et opérationnels très particuliers ?
LCDM — Comme l’a dit Bernard de Chartres : « nous sommes des nains sur des épaules de géants ». Si nous voulons progresser, il faut savoir ce qui a déjà été fait et pourquoi, et donc dans quel contexte. C’est pour cela que j’apprécie le fait que ces auteurs aient pris le temps d’écrire pour transmettre leurs méthodes ainsi que leur réflexion.
Concrètement, ce que je retiens de ces trois auteurs est l’approche pragmatique, la vitesse et la fiabilité par la simplicité, l’entrainement sous stress et l’efficacité avant l’élégance technique. Mais si on ne fait que lire sans comprendre d’où ils viennent, on se trompera sur un point fondamental qui les différencie : le tir instinctif, qui ne veut pas dire la même chose chez Fairbairn, Sykes que chez Applegate. En toute humilité, techniquement, je suis plus proche d’Applegate, à la différence notamment de nos amis communs Jean-Louis P. et David C.
À l’inverse, certains enseignements peuvent être repris hors de leur contexte ou transformés en dogmes. Quels principes t’ont paru devoir être nuancés, actualisés ou écartés lorsqu’on les confronte à la réalité du terrain ?
LCDM — On en revient à principes vs techniques. Qu’un principe soit un dogme, soit. Après tout, même dans l’Église les dogmes peuvent progresser ! Pour autant, vends-moi une technique comme un dogme, je t’opposerai toujours une situation contradictoire.
Pour te donner quelques exemples, « si l’arme n’est pas épaulée la sûreté est mise » : bin non, si j’ai un incident de tir ou plus de cartouche, je change de chargeur ou je fais une transition mais elle ne va pas tirer toute seule (ou alors c’est un cook-off[2] et sûreté ou pas, le coup partira…). « Le réglage c’est à 30m (ou 25, ou 36 etc.) parce que ça donne le même point d’impact à 300m » : ça dépend de la taille de ce qu’on estime devoir percer. « Il faut être surpris par le départ de coup » : si tu dois tuer le terroriste qui tient ma femme en otage, je préfèrerai plutôt que tu tires exactement quand tu le souhaites… De même pour les équipements : ceux qui te vantent les sangles un point n’ont jamais dû soigner un blessé ou monter une échelle avec leur arme, les obstinés des attaches QD n’ont jamais connu ni la boue guyanaise ni le sable malien etc.
En général, les dogmes viennent d’une incompréhension du « pourquoi » par des instructeurs soit qui répètent ce qu’ils ont entendu (ou plus rarement lu) sur internet. Tout a une raison, tout a un contexte. Tout a des conditions de validité.
[2] Cook-off : phénomène au cours duquel une munition, exposée à une température suffisamment élevée dans la chambre d’une arme fortement échauffée, peut s’enflammer et provoquer un départ de coup. Il s’agit donc d’un départ de feu intempestif lié à l’échauffement de l’arme, et non d’une action volontaire du tireur.
Comment distinguer une méthode réellement éprouvée d’une technique spectaculaire, séduisante en démonstration, mais difficilement applicable sous contrainte ?
LCDM — « Le mouvement se prouve en marchant » : si ça fonctionne c’est déjà un bon indicateur. Si c’est reproductible et fiable en situation de stress, donc avec une bande passante limitée et un ennemi qui nous gêne, c’est encore mieux. Ensuite, le temps est un bon sélectionneur. Tester, tester et tester encore. Il faut avoir l’esprit critique, et surtout, ne pas changer pour le plaisir de changer.
Enfin, il faut savoir ce que la nouvelle technique apporte. Si c’est de la vitesse c’est bien. Si c’est de la précision, c’est bien. Si c’est de plus belles photos pour Instagram c’est une justification aussi. Pas la mienne, mais ça s’entend. Si c’est parce que j’ai vu X le faire sur internet, j’espère que ce n’est pas la seule justification. Ce que tu poses comme question pour les méthodes est vrai aussi pour les équipements : si j’alourdis mon arme avec un pointeur IR alors que je ne tire jamais sous JVN, est-ce un bon choix ?
Pourquoi un « recueil » plutôt qu’un « manuel » ?
Le titre parle volontairement de « recueil d’exercices » et non de « manuel de tir ». Pourquoi ce choix terminologique ?
LCDM — C’est purement historique et non réfléchi. Comme je le disais au début, c’était initialement juste une liste d’exercices pour faciliter la vie de ma cellule tir. En y réfléchissant, je pense quand même que terme de recueil est plus approprié, puisqu’un manuel fait référence à une méthode, alors que ce n’est pas la structure de mon livre.
Doit-on considérer ce livre comme une boîte à outils, une méthode complète ou un support modulable que chaque instructeur peut adapter à son public et à ses contraintes ?
LCDM — C’est une boite à outil par sa vocation et son organisation. Pour autant, et pour filer la métaphore, ce serait une boite à outils avec des modes d’emploi intégrés ! Tout existe déjà comme méthodes : la plus-value que j’ai tenté d’apporter est l’organisation, intellectuelle et technique, de la progression.
Beaucoup de pratiquants recherchent constamment de nouveaux exercices. Or l’accumulation de drills ne garantit pas nécessairement la progression. Comment éviter de confondre variété et efficacité pédagogique ?
LCDM — Il faut de nouveaux exercices, ne serait-ce que pour retenir l’attention des stagiaires. Mais tu soulèves une question centrale : ma séance est-elle du tir loisir ou du travail ? je n’ai rien contre le tir loisir, j’adore ça et c’est un bon moyen pour attirer les gens à notre passion. Mais quand on veut progresser, il faut passer par des gammes. Travailler les savoir-faire de base, et considérer l’entrainement uniquement comme la restitution dans des conditions complexifiées de ces savoir-faire de base.
On ne devient pas bon parce qu’on fait des choses complexes, sinon la vie n’est qu’une suite de plateaux. On devient bon parce qu’on vise, comme on le dit à la Légion, « l’excellence dans toutes les petites choses ». Si le socle est solide, on progresse. Mais il faut être discipliné pour répéter, répéter, répéter.
Un exercice n’a de valeur que s’il répond à un objectif clairement défini. Quelles questions l’instructeur devrait-il se poser avant d’intégrer un exercice dans une séance ?
LCDM — Quel est le niveau actuel de mes stagiaires, où dois-je les emmener, que dois-je les faire travailler pour y aller, et ensuite seulement quels sont les exercices qui me permettent d’y aller. Enfin, il doit se l’approprier : être capable de l’expliquer et de le réaliser en démonstration, et être capable de le débriefer.
Entre instruction collective et excellence sportive
Quel est, selon toi, le principal défaut de l’instruction collective lorsqu’elle doit former rapidement un grand nombre de personnels ?
LCDM — La baisse de la qualité de la formation des formateurs pour en « sortir » plus. Il ne faut jamais baisser le standard des formateurs. On peut baisser les exigences des stagiaires voire les exigences des tests d’entrée, mais jamais des formateurs : l’Histoire prouve que c’est toujours une erreur.
Ensuite, une autre erreur est de viser trop haut : on a besoin de former rapidement une masse de soldats, formons-les correctement aux fondamentaux, dont la sécurité. La méthode de tir de combat de l’armée française est bien faite en cela, parce qu’elle est modulaire. On a moins de temps ? On coupe tel et tel module. On a plus de temps ? On ajoute ça ou on approfondit ça.
Est-ce principalement un problème de temps, de moyens matériels, de doctrine, de compétence des encadrants ou de suivi individuel des tireurs ?
LCDM — iI y a un problème de temps, c’est indéniable, dont découle tout le reste. Les séances sont préparées à l’arrache, quand elles sont préparées. Les champs de tir ne sont pas disponibles parce qu’ils sont en sous-nombre par rapport au besoin. Les cadres n’ont pas le temps de s’entraîner ni en technique ni en pédagogie, sauf à prendre sur leur temps (et argent) personnel pour faire du tir sportif en parallèle. Mais il y a aussi la concurrence des autres savoir-faire qu’un soldat doit maîtriser, les mutations, le service etc. Enfin, je pense qu’il y a un problème de suivi individualisé du niveau de chacun, problème sur lequel je travaille actuellement, notamment avec la société CD Target[3]. Mais si les cadres, du niveau chef de section notamment, comprennent et appliquent ce que j’écris dans la première partie du livre, on devrait s’en sortir !

[3] CD Target : marque française spécialisée dans la conception de cibles pédagogiques pour l’entraînement au tir. Ses gammes associent cibles techniques, d’analyse et réalistes afin de travailler non seulement la précision et la gestuelle, mais aussi l’analyse, la prise d’information, la réactivité et l’adaptation du tireur. Les modèles Adaptive, notamment, introduisent des séquences de tir non formatées et des contraintes variables destinées à solliciter les capacités cognitives et la prise de décision sous pression.
Site officiel : https://www.cdtar.com/accueil
Le tir sportif peut, à certains égards, apporter une rigueur technique et une recherche constante de performance. Quels éléments devraient être davantage intégrés dans les formations professionnelles ?
LCDM — Le tir sportif est un excellent aiguillon pour le tir professionnel, tant qu’il est considéré avec un esprit critique. C’est le sport qui nous a apporté les points rouges sur les armes de poing. C’est le sport qui nous a apporté la position isocèle et le tir dynamique. Contrairement à ce qui a souvent été dit, il n’y a pas de frontière étanche entre les deux : ce qui est développé pour la formule 1 se retrouve pour améliorer ta voiture personnelle : meilleurs freins, pneumatiques etc. C’est pareil ici. Si un frein de bouche ou un montage de lunette donnent un avantage au point d’être utilisé par tous les champions, il mérite d’être étudié chez nous. Si c’est utile on le garde, sinon, on passe à autre chose, mais au moins ce sera en connaissance de cause. Les exemples que j’ai sont le point rouge sur les armes de poing (d’autant qu’avec les JVN, c’est incontournable), le placement des chargeurs, mais aussi la discipline dans l’entrainement à sec : tous méritent d’être généralisés chez nous.
À l’inverse, quels réflexes issus de la compétition peuvent devenir contre-productifs lorsqu’ils sont transférés sans adaptation à un contexte professionnel ou opérationnel ?
LCDM — Bien sûr ! c’est le plus grand frein annoncé quand on discute avec des militaires qui ne veulent pas faire de tir sportif : « je ne veux pas prendre l’habitude de courir avec mon pistolet par-dessus mon épaule » ou « je ne peux pas me permettre de perdre mes chargeurs à chaque rechargement » ou encore « c’est artificiel de prévoir quand on va changer de chargeur pour éviter les rechargements d’urgence ».
C’est certes un potentiel « drill boite de conserve », mais honnêtement, il y a bien plus d’avantages que d’inconvénients à faire de la compétition ou au moins à regarder le monde sportif. Oui, ça m’arrive d’abandonner « par reflexe » un chargeur de temps en temps, mais le but de l’automatisation est de pouvoir rester lucide.
En revanche, il y a un point fondamentalement différent que la compétition ne fait pas travailler, c’est la discrimination des cibles. En IPSC elles sont marron ou blanches, dans la vraie vie c’est généralement en observant les mains qu’on décide de tirer ou non. Ça m’a fait perdre une compétition avec des policiers : j’ai confondu un téléphone portable avec un pistolet juste à cause de la position des mains de la cible…
Principes universels et préférences personnelles
Une grande partie des débats dans le monde du tir concerne la position des pieds, la prise en main, l’orientation du corps ou certaines façons de manipuler l’arme. Ces débats ne donnent-ils pas parfois une importance excessive à des préférences individuelles ?
LCDM — Quand je donne des cours, je fais tirer les stagiaires à une main, et/ou sur une jambe pour leur montrer que tant que la visée et l’action du doigt sur la détente sont bonnes, la balle ira dans la cible. Les quelques fois où j’ai utilisé mon arme en dehors du champ de tir, je n’ai jamais eu de bonne position. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain : connaître la position parfaite, avec un point de visée naturel et le meilleur équilibre est fondamental pour comprendre ce qu’on peut se permettre. Il faut juste savoir s’en passer. Un slogan du Marine Corps m’a marqué, enfant : « on t’a toujours dit que personne ne peut tirer avec le corps tordu comme un bretzel, l’USMC te dis que tu peux ».
Tant que l’action du doigt sur la détente est bon et que les organes de visée sont sur l’ennemi, le reste est secondaire. Ou plutôt, du domaine du « si on peut c’est mieux, sinon tant pis ».
Tu présentes, dans ton ouvrage, plusieurs principes que tu considères comme fondamentaux. Quels seraient tes cinq principes non négociables ?
LCDM — Au débotté, comme ça ? être sûr de sa cible, l’action du doigt sur la détente, les organes de visée alignés sur la cible, la main forte le plus haut possible sur la poignée pour être le plus près de l’axe du canon, la crosse au contact de la joue et du torse (je dis « torse » parce qu’avec un gilet pare-balles ou une bretelle de sac à dos, le triangle clavi-pectoral est un peu dur à trouver !).
Jusqu’où un instructeur doit-il imposer une technique commune, et à partir de quel moment doit-il laisser le tireur adapter sa gestuelle à sa morphologie, à son équipement et à sa mission ?
LCDM —L’iinstructeur ne doit pas imposer de technique. Même à l’instruction initiale, il doit montrer une ou des techniques, voir lui-même (parce que le tireur n’a, à ce moment, pas encore l’expérience pour le faire lui-même) comment elles doivent être adaptées à la morphologie du tireur, prendre en compte les retours du tireur et lui faire travailler la constance. En revanche, il doit avoir l’attitude de dire « change ça, et voyons ce que ça donne ».
Mais soyons réalistes, on a parfois des gens qui ne comprennent rien parce que ça ne les intéresse pas, et dans ce cas, bin… il faut instruire quand même…
Comment éviter que l’adaptation individuelle ne devienne une justification permettant de conserver une mauvaise habitude technique ?
LCDM —Le résultat parle de lui-même. Si ce que je te montre te permet de tirer plus vite et plus précisément, tu n’as aucune raison – sauf la paresse – de ne pas changer. Si ça ne t’apporte rien en vitesse et précision, et que tu peux le reproduire malgré le gilet pare-balles et la fatigue, fais comme tu veux. Mais il y a quand même un écueil, c’est quand la technique enseignée doit servir de base à une montée en compétence. Si je tolère un trop grand écart dans le positionnement de ta main forte sur la poignée du pistolet parce que le chrono et la précision sont là, par exemple, je pénalise l’étape d’après qui est la position de la main faible, ce qui va vraiment faire la différence. L’instructeur doit avoir ce temps d’avance, le cas échéant.
Construire une progression mesurable
Comment construit-on une progression cohérente : en partant des fondamentaux techniques, des erreurs observées ou des exigences finales auxquelles le tireur devra répondre ?
LCDM — tout !
Il faut connaître le but à atteindre (par exemple, dégainer – tirer 2 cartouches zone A à 7m en moins de 2 secondes). Cela permet :
- d’évaluer le stagiaire (quel chrono et quelle précision à 7m pour dégainer – tirer 2 cartouches),
- de voir ses lacunes (une cartouche en cible, l’autre dehors et le tout en 3,5 secondes),
- de sélectionner les exercices : par exemple
o pour la vitesse : travail à sec puis tir d’une cartouche etc.,
o pour la précision : action du doigt sur la détente et accommodation
- réaliser des évaluations intermédiaires pour contrôler la progression.
Si tu veux vulgariser, c’est le cycle OODA adapté au tireur.

Quels indicateurs permettent de vérifier qu’un tireur progresse réellement ? Le groupement et la vitesse suffisent-ils ?
LCDM — C’est un vaste sujet que nous avons abordé avec CD Target. Initialement, oui, le groupement et la vitesse suffisent, parce qu’ils sont simples à quantifier. Actuellement nous travaillons sur la standardisation du niveau de surcharge cognitive, et notamment la lucidité, qui permet d’avoir un autre indicateur. On peut aussi ajouter l’effort physique et d’autres. Pour la lecture c’est relativement facile : tu peux utiliser un diagramme de Kiviat pour suivre ta section et voir ses points à travailler, la vraie difficulté est de standardiser les indicateurs comme le stress ou l’effort physique, et ensuite de mesurer la performance avec et sans.

Faut-il systématiquement mesurer les résultats — temps, précision, régularité, pénalités — ou certaines compétences nécessitent-elles aussi une appréciation qualitative de l’instructeur ?
LCDM — A la fin la seule chose qui compte c’est : en situation, a-t-on détruit tout ce qu’on voulait détruire et uniquement ce qu’on voulait détruire ? Tout le reste doit y concourir. Tirer sans aller aux résultats c’est du tir loisir. Donc on mesure ce qu’on peut mesurer pour avoir une base commune (et transférable) sur laquelle évaluer ou objectiver le niveau. Ça rejoint ce que je disais plus haut avec la standardisation du stress. Le reste, souvent subjectif et non mesurable, est important aussi : l’implication personnelle du stagiaire, le sentiment de sécurité et de sérieux qu’il inspire… mais je ne pense pas qu’on puisse parler là de compétence.
Comment définir un standard pertinent ? Doit-il représenter un niveau minimal de sécurité, un objectif de progression ou un niveau de performance à atteindre ?
LCDM — Il y a deux choses. Tout d’abord, certain « standards » existent déjà et sont un bon indicateur de performance. Ma référence pour ça est les Critical Tasks Evaluation ou CTE, qu’on retrouve dans mon livre. Si on arrive à tenir le chrono et la précision indépendamment d’un effort, sous stress, sous JVN ou lampe blanche, avec masque à gaz etc. c’est déjà un bon point de départ. Le but n’est pas de dépasser un record, mais de savoir ce qu’on peut donner avec régularité et fiabilité.
Ensuite, des standards pour faire quoi ? dans l’armée de Terre il y a les standards opérationnels qui disent à partir de quel niveau on peut partir en opex, ou faire Sentinelle etc. Il faut bien évidemment avoir le niveau et cocher la case, mais il serait ridicule de s’y cantonner. C’est pour cela qu’existent les politiques de tir régimentaires, qui disent qu’un soldat doit savoir faire ça ou ça, avec score et chrono. On ne demande pas la même chose à un fantassin dont c’est le métier et à un transmetteur pour qui ce n’est « que » de l’autoprotection.
Finalement, le standard c’est un indicateur assez typique d’une instruction de masse, puisqu’on lutte pour être au-dessus de la moyenne, quand dans l’instruction individuelle, l’adversaire c’est nous-même. Mon standard, c’est mon meilleur chrono jusque-là pour le même exercice. C’est ce que je dois m’astreindre à dépasser ou au moins à égaler régulièrement.
Lorsqu’un tireur échoue à un exercice, comment déterminer si la cause est technique, cognitive, physique, matérielle ou liée à une mauvaise compréhension de la consigne ?

LCDM — Si c’est flagrant, c’est flagrant (position de la main, départ de coup prématuré, mauvaise cible détruite…). Si on ne l’a pas vu, on fait refaire en faisant plus attention aux défauts connus ou aux défauts dont on sait qu’ils se traduisent par ce qu’on a vu (impact en bas à gauche = coup de doigt, par exemple). Et si on n’a toujours rien, on refait l’exercice en le découpant en phases courtes (par exemple, pour El Presidente : dégainer en se retournant, transitions, changement de chargeur…). Si c’est juste une fois, ça peut être une mauvaise nuit, des préoccupations perso etc. Si ça se vérifie trop souvent, il y a peut-être une discussion à avoir pour évaluer l’appréhension, l’intérêt...
La place centrale du travail à sec
Tu accordes une place importante au travail à sec. Pourquoi reste-t-il encore sous-utilisé alors qu’il permet de répéter de nombreux fondamentaux avec très peu de moyens ?
LCDM — Personne ne veut se faire balancer par son voisin qui l’aurait vu dégainer une arme dans sa maison ! Plus sérieusement, le travail à sec est vite ennuyeux si on ne sait pas quoi ou comment travailler. Certains produits (j’utilise MantisX, blackbeard, Laser academy) font des miracles pour rendre la chose utile et ludique, mais pour qui ne sait pas quoi travailler ce ne sont que des répétitions ad nauseam. Comme pour tout, il faut avoir un programme et s’y tenir pour voir des résultats. Je consacre 80% de mon temps de tir au travail à sec.

Quelles compétences peuvent être efficacement développées sans munition, et lesquelles nécessitent impérativement un retour au tir réel ?
LCDM — On peut travailler tout ce qui ne demande pas de prise en compte du recul ou de la trajectoire de la balle (entraxe et vent). Typiquement, on peut travailler dégainer – tirer mais pas le bill drill[4]. Le point clé d’un entrainement réussi est justement d’identifier dans ce que l’on doit faire progresser ce qui peut être travaillé à sec (position de la main sur l’arme, alignement des organes de visée) et ce qui doit être travaillé à balles réelles (rattrapage du mouvement de l’arme après le départ de coup), et de préparer ses séances, à sec comme réelles, en fonction de cela.
[4] Bill Drill : exercice de tir dynamique popularisé par le tireur américain Bill Wilson, consistant, dans sa forme classique, à effectuer six tirs rapides sur une même cible. Il est principalement utilisé pour évaluer et développer la capacité à combiner vitesse, précision, contrôle de l’arme et régularité. Au-delà du temps réalisé, l’analyse du groupement permet d’identifier le point où l’augmentation de la cadence commence à dégrader la qualité de l’exécution. Intégré à un entraînement sous contrainte, il peut également servir d’indicateur de maintien de la performance lorsque la charge physique ou cognitive augmente.
De l’arme de poing à l’arme d’épaule
Quels fondamentaux sont réellement communs aux deux systèmes d’armes ?
LCDM — Tous ceux qui ne concernent pas la crosse ! la respiration, la tenue de l’arme, l’action du doigt sur la détente, les règles de sécurité, l’automatisation, les remédiations d’incidents…
À l’inverse, quelles différences obligent l’instructeur à modifier sa pédagogie lorsqu’il passe de l’arme de poing à l’arme d’épaule ?
LCDM — L’arme longue diminue les écarts d’impacts, ce qui complique le débriefing de l’instructeur. Il y a de plus quelques spécificités professionnelles (l’encombrement en milieu clos, la préhension des chargeurs, la gestion de la bretelle…) mais finalement, il n’y a pas plus de différence dans la pédagogie qu’entre un stagiaire droitier et un gaucher.
Est-il préférable de développer d’abord une solide maîtrise d’une seule plateforme avant de travailler les transitions et la polyvalence ?
LCDM — Tu peux, mais je te garantis que tu ne sauras pas quand t’arrêter pour passer à l’autre plateforme ! Je pense qu’il vaut mieux s’entrainer avec la plateforme avec laquelle on a le plus de probabilité de s’engager. Pour moi c’est le fusil d’assaut. Je fais du pistolet parce que j’ai fait du TSV mais chez nous c’est l’arme de la base arrière et si j’ai le choix, je prendrai deux ou trois chargeurs de 5,56 en plus plutôt qu’un pistolet. Je ne suis pas policier, mon but n’est pas que mon ennemi survive pour être jugé mais qu’il soit hors de combat pour saturer sa chaine santé, donc dans mon cas le HK416 fait mieux le travail que le pistolet.

Après, il ne faut pas y voir une séparation étanche : tout tir, y compris le tir loisir, te fait travailler les fondamentaux. Tirer avec une 22 ou un revolver te fait travailler, peut-être différemment, les mêmes choses. Donc sans forcément parler de polyvalence, ça te fait progresser pour ton arme principale. Je tire régulièrement avec un revolver en 22 de mon club parce que c’est moins cher et que je travaille tout autant qu’avec mon SFP9.
Faut-il introduire les difficultés une par une — temps limité, déplacement, faible luminosité, manipulation — avant de les combiner ?
LCDM — Je pense que oui mais je suis prêt à être contredit. Je parlais de fondamentaux au début, il faut les considérer comme des briques. Je sais changer de chargeur, résoudre un incident, tirer et bouger, tirer sous JVN… alors je peux commencer à les combiner. Mais si on commencer à faire changer de chargeur sous JVN et en déplacement quelqu’un qui n’a aucune de ces briques, on va avoir des problèmes de sécurité. L’instruction c’est au calme, avec le temps d’apprendre et de bonnes conditions. L’entrainement c’est la restitution dans des conditions complexifiées et dégradées. Mais qui dit restitution dit appropriation en amont.
L’équipement : outil ou distraction ?
Tu proposes également quelques pistes de réflexion sur l’équipement individuel.
Le monde du tir dans le civil, est de plus en plus marqué par une forme de fascination pour le matériel. Comment éviter que l’équipement ne devienne un substitut au travail technique ?
LCDM — Interdire YouTube et Instagram ? Plus sérieusement j’y vois deux mentalités différentes. Le tireur dont le trip est de se déguiser en opérateur américain (et c’est son droit : il y a bien des gens qui se déguisent pour reconstituer des batailles de la 1ère ou de la 2e guerre mondiale), et il y a l’enfant gâté, qui ne paye pas ses accessoires et qui pense que tel outil le rendra plus performant parce que telle unité l’utilise.
Le premier m’est sympathique – tant qu’il connaît ses limites. Le second est plus nuisible parce qu’il a une bougeotte permanente dans l’agencement de ses équipements et de ceux de son arme. Il ne fait pas deux séances de tir dans la même configuration. Il est incapable de dire si l’interrupteur de la lampe blanche est plus à sa place ici ou là parce qu’il ne l’a jamais testé sur la durée. C’est aussi pour cela que je ris des débats stériles sur les longueurs de canon, de puissance de lampe, de calibres. Ce qui tuait il y a 10 ou 20 ans tue encore aussi bien aujourd’hui, il n’y a pas besoin d’être engagé dans une course aux armements que notre pays ne peut pas se payer pour être toujours en haut de la vague.
À partir de quel moment un accessoire apporte-t-il une véritable amélioration, et à partir de quel moment ne fait-il que masquer une faiblesse du tireur ?
LCDM — l’accessoire améliore l’arme s’il comble une lacune capacitaire et remplit un besoin (lunette thermique, pointeur laser, redi-mag, radio intégrée dans la crosse pour un tireur d’élite etc.). Tout gain est au détriment d’autre chose : poids, encombrement, énergie, temps pour s’entrainer etc. Il n’y a pas d’exception. Il faut juste savoir si, dans chaque cas, je suis prêt à sacrifier l’un pour l’autre. Quelquefois le choix est évident : point rouge, lampe… Parfois ça l’est moins, ça dépend de l’utilisation et de l’utilisateur. Honnêtement, je n’y vois pas de « substitut » à une faiblesse : si tu ne tires pas bien parce que tu ne sais pas appuyer correctement sur la détente, la meilleure lunette au monde ne t’aidera pas (à part les Maxfas [5]et autres Smash[6]). Le problème est ailleurs, dans le software du tireur.

[5] MAXFAS (Mobile Arm eXoskeleton for Firearm Aim Stabilization).
[6] SMASH (notamment le SMASH 2000) est un système de visée optique intelligent pour fusils d'assaut. Développé par la firme Smart Shooter, ce viseur intègre une intelligence artificielle qui verrouille automatiquement une cible (comme un drone en mouvement ou un fantassin) et n'autorise le tir que lorsque le coup est assuré de faire mouche.
Faire vivre le recueil sur le pas de tir
Quel conseil donnerais-tu à un lecteur pour bien utiliser le livre ? Doit-il le suivre dans l’ordre ou sélectionner directement les exercices correspondant à ses besoins ?
LCDM — Je lui suggèrerai de lire la première partie (comment s’entrainer et suivre sa progression), de choisir des savoir-faire techniques qu’il estime devoir maîtriser, et de regarder à la fin du livre des exemples de chronos. Ensuite, de se chronométrer, et à partir de là, d’établir un plan d’entrainement. Tout est expliqué dans le recueil.
Un instructeur peut-il construire un cycle complet de formation à partir du recueil, avec une évaluation initiale, une progression et une validation finale ?
LCDM — Bien sûr, il faut juste qu’il ait (par son expérience ou les ordres de son organisation) les idées claires sur le but à faire atteindre à ses stagiaires. Tout le reste est expliqué, même si ça ne se substitue pas à l’esprit critique.
Quelle est l’erreur la plus fréquente commise par les tireurs qui organisent seuls leur entraînement ?
LCDM — A mon sens, confondre tir loisir et entrainement. Aller au stand, tirer une boite de 50 cartouches dans une silhouette ou une cible zonée, ce n’est pas une séance de travail. Un vrai travail s’inscrit dans une progression. Niveau de départ, but, et planification de toutes les séances entre les deux. Préparation de chaque séance, qu’elle soit à sec ou réelle, avec un but particulier qui contribue au but général de la progression. Et surtout, la discipline de suivre la progression.
Et quelle est l’erreur la plus fréquente commise par les encadrants lorsqu’ils construisent une séance pour un groupe ?
LCDM — Ne pas prendre en compte le niveau du groupe. Dérouler la même séance pour des polytechniciens tous ex-tireurs sportifs de vitesse en parfaite condition physique et pour des légionnaires ouzbeks non francophones qui n’ont jamais vu une arme, même en film, et dont la moitié sont gauchers.
Pour conclure
Que voudrais-tu que le lecteur ait réellement changé dans sa manière de penser son entraînement après avoir utilisé ce recueil pendant plusieurs mois ?
LCDM — Qu’il planifie au lieu de bricoler. Si nos cadres pouvaient appliquer ces recettes – qui n’ont jamais été un secret puisqu’on m’a enseigné la pédagogie comme cela il y a 25 ans – le niveau moyen de notre armée en tir serait stratosphérique.
Ce premier ouvrage appelle-t-il une suite ?
LCDM — Pas prévue à ce jour. Une réédition augmentée peut-être, je continue la forme qui l’a vu naître en notant les exercices et trucs et astuces que je trouve utiles et manquants. J’avais prévu de faire le même format pour le tir de précision mais Benoit Baudoin d’Impacts balistics m’a devancé en écrivant mieux que moi tout ce que je voulais dire sur le sujet.

Quel conseil donnerais-tu à un tireur qui s’entraîne régulièrement, mais qui a le sentiment de ne plus progresser ?
LCDM — soit son niveau est très haut et le plateau est indépassable, chaque progrès demande un investissement sans commune mesure avec le résultat, soit il stagne avec un niveau médiocre. Au premier je dirai : soit tu fais de la compétition et tu y consacres ta vie pour continuer à progresser, soit tu maintiens ton niveau et tu passes à autre chose en parallèle (une autre arme, une autre discipline comme le CAS ou le ball-trap, ou un tout autre sport ou art). Au second je dirai reprends tout à zéro, idéalement fais-toi coacher, sinon découpe ton geste et analyse ce qui ne va pas, et travaille, travaille, travaille.
Enfin, si tu devais résumer en une phrase la philosophie de ce livre, quelle serait-elle ?
LCDM — Les « 6Ps » en anglais : Proper Planning Prevents Piss-Poor Performance[1]. Sachez où vous voulez aller, planifiez vos séances et vous aurez un résultat à la hauteur de votre investissement.
[1] Les « 6 Ps » : expression anglo-saxonne utilisée dans les domaines militaire, opérationnel et professionnel : “Proper Planning Prevents Piss-Poor Performance”. Elle signifie littéralement : « Une planification rigoureuse évite une performance lamentable. » Formule volontairement familière, elle souligne qu’une préparation insuffisante augmente fortement le risque d’erreur et de mauvaise performance lors de l’exécution. Une variante plus professionnelle est souvent formulée “Proper Planning Prevents Poor Performance”.
Propos recueilli par Stéphane Chatton CEO de CEFId
À propos de l’ouvrage
LCDM, Recueil d’exercices de tir – Armes de poing et d’épaule
Ouvrage broché, 78 pages, publié le 17 novembre 2025.
Disponible sur Amazon :https://www.amazon.fr/dp/B0G2XXGR8B






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