CHANGEMENTS MAJEURS DE LA RÉGLEMENTATION EUROPÉENNE DES DRONES AU 1ER JANVIER 2026
- Joffrey LIMANDAS

- 10 janv.
- 16 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 janv.
Introduction
Après plusieurs années de transition, l’écosystème des drones en Europe atteint une étape clé au 1er janvier 2026. À cette date, d’importants changements réglementaires entrent en vigueur, marquant la fin des anciennes règles nationales provisoires et la généralisation des normes européennes harmonisées[1]. Cet article propose une synthèse claire de ces évolutions pour un public de professionnels de la sécurité, d’opérateurs de drones, d’institutions et de technophiles avertis. Nous examinerons la fin des scénarios nationaux en France, l’entrée en application des scénarios standard européens (STS), l’obligation de drones certifiés (classes CE), le déploiement du Remote ID, les nouvelles qualifications télépilotes (CATS), ainsi que les impacts pratiques sur les opérations – qu’il s’agisse de vols en ville, de nuit, hors vue – sans oublier les implications pour la sécurité et les technologies anti-drone. L’objectif est de comprendre concrètement qu’est-ce qui change au 1er janvier 2026 et comment s’y préparer.
Fin des scénarios nationaux : une page se tourne
Cette échéance signe la fin d’une époque pour les exploitants de drones en catégorie spécifique en France. Jusqu’alors, les scénarios nationaux S1, S2, S3 permettaient d’opérer sous un régime déclaré spécifique à la France. Au 31 décembre 2025 à minuit, ces anciens cadres (S1 : vol en vue hors agglomération, S2 : vol hors vue hors agglomération, S3 : vol en vue en agglomération) deviennent caduques[2][4].
En conséquence, à partir du 1er janvier 2026, seuls les nouveaux scénarios européens peuvent être utilisés par les exploitants : il faudra basculer soit en catégorie Ouverte (A1, A2, A3 pour les opérations à faible risque) soit en catégorie Spécifique selon les scénarios standards STS ou via des autorisations ad hoc[5]. Cette harmonisation européenne vise à uniformiser les pratiques et renforcer la sécurité, tout en facilitant l’activité des télépilotes sur l’ensemble du marché européen[6]. Concrètement, si vous utilisiez encore S1/S2/S3 en 2025, il est impératif d’anticiper la transition pour éviter d’être cloué au sol en 2026[7].
Les scénarios standard européens (STS) prennent le relais
Pour remplacer les anciens scénarios, l’Europe déploie ses propres scénarios standards (Standard Scenarios – STS) applicables dans tous les États membres.
Deux d’entre eux entrent pleinement en vigueur :
· STS-01 : scénario pour vols en vue directe (VLOS) dans des zones peuplées, au-dessus d’une zone au sol contrôlée. Il est considéré comme l’héritier du scénario S3 français – le scénario urbain typique[8]. Ce cadre permet par exemple des opérations de prise de vue ou de surveillance en ville, à condition de respecter les limitations de ce scénario.
· STS-02 : scénario pour vols hors vue (BVLOS) avec observateurs de l’espace aérien, dans des zones à faible densité de population[9]. Il prolonge l’esprit de l’ancien S2, pour des opérations au-delà de la ligne de vue en milieu non urbain (inspection d’infrastructures éloignées, agriculture de précision sur de grandes parcelles, etc.).
Ces STS étant définis par le règlement européen, ils offrent un cadre uniforme dans toute l’UE. Un opérateur français pourra ainsi plus aisément opérer dans un autre pays européen en s’appuyant sur STS-01 ou 02, sans « paperasse » additionnelle propre à chaque pays[10]. Inversement, un scénario national français ne valait qu’en France – son abandon au profit des STS supprime ces frontières réglementaires. En cas d’opération ne rentrant pas dans STS-01/02, il restera possible de recourir à une autorisation spécifique via PDRA ou SORA (analyses de risque pré-définies ou spécifiques)[11], mais avec une charge administrative plus lourde. L’arrivée des STS vise donc à couvrir la plupart des besoins professionnels courants de manière plus simple et harmonisée.

Matériel obligatoire : drones aux normes CE (classes C5 et C6)
C’est un point critique de la transition 2026 : l’obligation d’utiliser des drones certifiés de classe européenne pour pouvoir voler dans les nouveaux scénarios. En effet, dès janvier 2026, le marquage CE de classe (C5, C6) devient non-négociable pour les opérations en STS[12].
Concrètement :
· Pour tout vol sous STS-01 (VLOS en zone peuplée), le drone utilisé doit être homologué classe C5[13]. Cette classe impose notamment la présence d’un système d’arrêt d’urgence indépendant des moteurs et un mode de vitesse réduite pour voler en sécurité en environnement urbain[13][14].
· Pour tout vol sous STS-02 (BVLOS en zone peu faiblement peuplée), le drone doit être classe C6[15][14], avec des exigences propres à la sécurité des vols hors vue.
Les drones sans identification de classe (dits drones « legacy » ou anciens modèles non marqués) ne pourront plus voler dans ces scénarios STS. Vos anciens appareils phares (ex. DJI Phantom 4, Mavic 2…) deviennent inéligibles à STS-01/02 s’ils n’ont pas de marquage CE de classe[16]. Ils devront être relégués à la catégorie Ouverte (typiquement en A3, c’est-à-dire loin de toute zone peuplée), ou bien chaque opération nécessitera une autorisation spécifique complexe (via un PDRA ou une SORA)[17].
En résumé, pour exploiter pleinement les nouveaux scénarios standard, un investissement dans du matériel conforme (C5/C6) est indispensable.
Cette exigence de classes s’étend d’ailleurs à l’ensemble de la réglementation européenne : depuis le 1er janvier 2024, tout drone dépourvu de marquage CE de classe est en principe exclu de la catégorie Ouverte standard[18]. La période de tolérance pour utiliser des drones « non-CE » en Open a pris fin, et à compter de 2025 les contrôles sont renforcés : vente interdite de drones non classés, vérification systématique par la DGAC, sanctions en cas d’usage hors cadre[19]. Dorénavant, il faut vérifier la classe (C0, C1, C2, etc.) sur l’étiquette CE du drone avant son utilisation professionnelle[20].

Identification à distance : le Remote ID devient la norme
Parallèlement aux exigences de classe, l’Europe déploie l’identification électronique à distance universelle des drones (Remote ID). Cette technologie permet à un drone d’émettre en temps réel un signal contenant son identifiant et sa position, accessible aux autorités et autres usagers de l’espace aérien.
Son déploiement devient obligatoire sur tous les drones récents :
· En catégorie Ouverte, le Remote ID est requis depuis le 1er janvier 2024 pour tout drone concerné par la réglementation (loisir ou pro)[21]. En 2025, les autorités françaises ont durci l’application de cette règle : contrôles renforcés et amendes en cas de non-respect (750 €), utilisation de drones de police équipés de récepteurs Remote ID pour traquer les contrevenants[22]. En pratique, chaque télépilote doit s’assurer que le module Remote ID de son drone est actif et conforme, ou installer un module externe homologué sur les anciens modèles[23].
· En catégorie Spécifique, la France a devancé l’échéance européenne : depuis le 1er janvier 2024, tout drone opérant en scénario déclaré (STS ou ex-scénarios nationaux) doit être équipé du dispositif de signalement électronique européen[24]. Il s’agit d’un émetteur répondant au protocole standardisé (différent de l’ancien dispositif français qui n’était requis qu’au-delà de 800 g) pour que les drones soient identifiables de manière interopérable dans toute l’Europe[24].
En 2026, le Remote ID sera donc pleinement intégré : les drones de classe C5 ou C6 obligatoires en STS en sont de toute façon dotés nativement[25]. Ce signal distant d’identification apporte une transparence nouvelle dans le ciel : les forces de l’ordre ou agents de l’aviation civile peuvent connaître en direct l’identité d’un drone et de son exploitant (via le numéro d’enregistrement) ainsi que sa position, ce qui facilite les contrôles de conformité et l’éventuelle interception des usages illicites. Techniquement, l’Europe a adopté un protocole Remote ID ouvert et unifié (par exemple basé sur la norme OpenDroneID), garantissant une interopérabilité complète des systèmes de détection[26]. Pour les opérateurs, cela implique de maintenir à jour le firmware de leurs drones afin de respecter ces obligations (certains constructeurs ont déployé des mises à jour activant le Remote ID sur leurs modèles récents)[27].
Qualifications télépilote : du CATT au CATS
La bascule réglementaire s’accompagne aussi de changements pour la formation et la certification des pilotes de drone. En France, beaucoup de professionnels connaissent le CATT (Certificat d’Aptitude Théorique de Télépilote), examen théorique national qui était requis pour opérer en scénarios S1/S2/S3. À compter de 2026, ce référentiel national cède la place à une certification européenne harmonisée, le CATS, exigée pour voler en catégorie spécifique.
Ainsi, pour pouvoir effectuer des opérations STS-01 ou STS-02 en 2026, le télépilote devra impérativement être titulaire du CATS[28]. Cette qualification théorique, reconnue par l’EASA, devient le nouveau standard européen attestant que le pilote maîtrise les connaissances spécifiques (réglementation, sécurité, procédures) liées aux scénarios standards. En d’autres termes, un CATT seul ne suffira plus : sans CATS, pas de vol en catégorie spécifique autorisé à partir de 2026[29]. Les autorités françaises ont prévu des passerelles pour convertir certaines qualifications ou expériences en équivalence CATS, mais les exploitants doivent anticiper et s’assurer que leurs pilotes passent ce nouvel examen si nécessaire.
En plus du théorique CATS, le certificat pratique STS sera également requis : piloter en STS suppose d’avoir suivi une formation pratique validante sur le scénario concerné. De nombreux télépilotes ont suivi en 2023–2025 des formations pratiques STS en vue de cette échéance – souvent via des centres de formation reconnus – afin d’obtenir l’attestation pratique correspondante. Si ce n’est pas encore fait, il est urgent de planifier cette formation. En résumé, au 1er janvier 2026 : nouvelle réglementation, nouvelles compétences. Pilotes et exploitants doivent mettre à jour leurs CV réglementaires pour rester dans le jeu (formation STS-01/02, examen CATS, etc.)[30][31].
Nouvelles conditions de vol : urbain, nuit, hors vue, usage pro
Au-delà des exigences techniques et des certifications, la réglementation 2026 apporte ou prépare des évolutions dans les conditions opérationnelles de vol, avec un accent sur l’ouverture du cadre dans certains domaines tout en renforçant la sécurité.

Voici les principaux points à retenir :
Vols en zone urbaine (agglomération) : Jusqu’en 2025, la France maintenait des restrictions nationales interdisant le vol en catégorie Ouverte en agglomération sans dérogation, ce qui limitait fortement les usages de loisir ou professionnels en ville. Bonne nouvelle, à partir du 1er janvier 2026, un arrêté actualisé autorisera les vols de catégorie Ouverte en agglomération sous certaines conditions[32]. Concrètement, un télépilote pourra faire évoluer un petit drone de classe C0/C1 en ville, à condition de respecter les règles de l’Open (par exemple, pas de survol de foules, respect des distances de sécurité) et d’effectuer une notification préalable.
Les autorités mettront à disposition un nouveau formulaire CERFA (n°15476*04) et des fonctionnalités via AlphaTango pour notifier ses vols urbains[32]. Cette démarche s’apparente à l’ancienne obligation de déclaration pré-vol en préfecture pour les scénarios professionnels S3, adaptée désormais aux vols Open sensibles. L’objectif est de permettre les usages utiles en ville (photographie urbaine, inspection de toiture, etc.) tout en informant les autorités locales pour coordonner la sécurité.
Vols de nuit : Le cadre européen permet le vol de nuit en catégorie Ouverte si chaque État le régule, mais la France n’a pas encore publié de texte l’autorisant en Open à l’heure qu’il est[33]. En 2025, voler de nuit reste donc interdit en Open, et cela devrait perdurer début 2026 tant que l’arrêté correspondant n’est pas en place (un projet de texte est en cours d’étude, possiblement conditionné à l’usage de feux anticollision et à une déclaration préalable similaire aux vols en agglomération).
En attendant, les vols de nuit sont cantonnés à la catégorie Spécifique, via une demande de dérogation au préfet compétent pour chaque opération nocturne[34]. Les scénarios STS-01 et STS-02 par défaut couvrent des opérations de jour ; pour les étendre à la nuit, l’exploitant devra intégrer des mesures supplémentaires de sécurité et obtenir une autorisation spécifique. Autrement dit, la situation au 1er janvier 2026 reste prudente sur le nocturne : pas de bascule automatique, mais le sujet est surveillé de près pour de futures évolutions.
Vols hors vue (BVLOS) : La transition 2026 apporte un cadre simplifié pour certains vols hors vue. Avec STS-02 désormais d’application, un exploitant pourra effectuer un BVLOS jusqu’à 2 km environ en zone peu dense en s’appuyant sur ce scénario standard, moyennant l’utilisation d’observateurs d’espace aérien et d’un drone classe C6 conforme[35][14]. Cela remplace avantageusement l’ancien scénario S2. Pour des BVLOS plus complexes (longue distance, zone peuplée, vols autonomes…), il faudra recourir aux PDRA publiés par l’EASA ou à une étude SORA pour obtenir une autorisation spécifique.
On note par ailleurs que l’EASA élabore progressivement de nouveaux scénarios/PDRA pour élargir les possibilités : par exemple, des PDRA dédiés aux inspections linéaires longues distances, ou des scénarios pour la livraison par drone en milieu urbain (souvent évoqués comme de futurs STS-03/04). En 2025, la France a autorisé à titre expérimental des livraisons urbaines par drones sous un cadre spécifique (scénario d’essai équivalent STS-04)[36], ce qui préfigure l’intégration de tels usages dans la réglementation courante d’ici quelques années. Ainsi, 2026 est un point de départ : on dispose enfin d’un cadre BVLOS harmonisé (STS-02) et on s’attend à ce qu’il s’enrichisse encore pour accompagner l’essor des applications drones professionnelles (surveillance de sites éloignés, transport de colis, etc.).
Usages professionnels et catégories : Notons qu’avec l’achèvement de la transition, la distinction entre catégories Ouverte et Spécifique s’affirme. De nombreux usages professionnels courants pourront basculer en catégorie Ouverte (si le risque reste faible) grâce aux nouveaux allègements : un opérateur pourra par exemple filmer en agglomération avec un petit drone C1 en Open A1, ce qui auparavant nécessitait un S3. Cependant, toute opération plus risquée (vol au-dessus de personnes, drone lourd, mission sensible) devra clairement passer en catégorie Spécifique avec déclaration ou autorisation ad hoc.
La catégorie Certifiée reste quant à elle un horizon pour les opérations à très haut risque (transport de personnes, drone cargo en zone urbaine dense, etc.), mais elle n’est pas encore concrètement en œuvre en 2026 – son déploiement viendra plus tard, avec des cadres de certification encore en définition. En somme, les professionnels doivent analyser leurs cas d’usage : certains pourront être simplifiés par l’Open élargi, d’autres au contraire exigeront investissement et préparation pour entrer dans le moule Spécifique (STS ou autorisation).
Enregistrement des opérateurs et mise à jour administrative
La conformité réglementaire en 2026 ne se limite pas au matériel et aux scénarios : elle passe aussi par des obligations administratives qu’il convient de rappeler. Tout d’abord, l’enregistrement de l’exploitant reste bien sûr obligatoire et valable à l’échelle européenne. Chaque exploitant (particulier ou entreprise) doit être inscrit sur le portail national (AlphaTango en France), recevant un numéro d’enregistrement unique reconnu dans tous les États membres[37]. Ce numéro d’exploitant UAS doit être apposé sur les drones et sera utilisé dans les émissions Remote ID pour associer un vol à son responsable légal. Assurez-vous que votre enregistrement est à jour, et notez qu’en France il doit être renouvelé périodiquement via une confirmation en ligne.
Ensuite, avec la disparition des scénarios nationaux, tous les exploitants qui opéraient sous S1/S2/S3 doivent mettre à jour leur déclaration d’activité. Concrètement, avant d’effectuer un vol en 2026, un opérateur pro devra avoir déposé sur AlphaTango une nouvelle déclaration attestant de son choix de scénario (STS-01 et/ou STS-02, ou détention d’une autorisation spécifique)[38]. Sans cette mise à jour, l’exploitant serait techniquement « hors cadre » dès janvier. La DGAC a invité les intéressés à réaliser ce renouvellement de déclaration en toute fin d’année 2025 pour basculer sans interruption. Par ailleurs, comme chaque année, le bilan annuel d’activité 2025 doit être renseigné en janvier (sur AlphaTango, avant le 31/01/2026)[39] – c’est une obligation nationale pour les exploitants professionnels, indispensable au maintien de l’inscription. Ne pas le faire peut entraîner une radiation de l’enregistrement, ce qui compliquerait fortement la poursuite des vols[38].
Enfin, il est impératif de mettre à jour le Manuel d’Exploitation (MANEX) de votre organisation. Ce document décrivant procédures opérationnelles, maintenance, formation, etc., doit être aligné sur les nouvelles règles. Par exemple, intégrer les procédures propres aux STS (comme les check-lists spécifiques, les communications aux autorités, le plan d’urgence en cas d’incident), mentionner l’usage des drones C5/C6 et de leurs dispositifs (e.g. protocole de Remote ID, utilisation du mode basse vitesse), et actualiser les programmes de formation interne des télépilotes[40][41]. La transition 2026 est l’occasion d’une révision complète de la documentation opérationnelle pour s’assurer qu’aucune référence obsolète (comme un scénario S2) ne subsiste et que toutes les nouvelles exigences sont bien prises en compte. Cette mise en conformité administrative est tout aussi cruciale que l’aspect technique ou formateur : elle conditionne la légalité de vos opérations et sera examinée en cas de contrôle ou d’audit par l’autorité.
Implications pour la sécurité et les technologies anti-drone
Pour les acteurs de la sécurité publique et privée, la nouvelle réglementation drone apporte des outils supplémentaires mais aussi de nouveaux défis en matière de lutte anti-drone.
Voici les principaux enjeux à considérer :
Détection et identification améliorées : L’obligation du Remote ID sur quasiment tous les drones légaux offre un levier inédit pour la surveillance de l’espace aérien à basse altitude. Les forces de l’ordre et les opérateurs de sites sensibles pourront utiliser des récepteurs pour capter en temps réel les signaux d’identification des drones survolant une zone[42]. Chaque signal fournit l’identifiant de l’appareil et de son exploitant enregistré, ce qui facilite grandement l’identification des pilotes en cas de vol suspect. Par exemple, des brigades spécialisées peuvent déployer des drones policiers ou des antennes fixes capables de scanner les Remote ID dans un rayon donné pour détecter tout appareil non autorisé[42]. Cette capacité permet de distinguer plus vite les drones “conformes” des drones potentiellement malveillants : un engin qui n’émet aucun Remote ID alors qu’il le devrait sera immédiatement suspect aux yeux des autorités.

Conformité et suivi en direct : Grâce à la normalisation européenne, un drone enregistré dans n’importe quel pays de l’UE sera identifiable partout de la même façon. Cela renforce la coopération en matière de sécurité : les données de Remote ID pourront à terme être reliées à des bases de données partagées pour vérifier les autorisations de vol (plans de vol déclarés, zones interdites, etc.). Les nouveaux outils logiciels de U-space – ces espaces aériens gérés pour drones introduits progressivement entre 2023 et 2027 – contribueront également à la surveillance : dans les zones U-space (comme Paris, Lyon dès 2025[43]), les drones doivent se connecter à un service de gestion du trafic qui relaie leur position et identifiant en continu.

Les autorités auront donc une vision globale du trafic drone autorisé dans ces zones, rendant plus évident le repérage d’un intrus non coopératif. Pour les opérateurs de sites sensibles (centrales, aéroports, prisons…), l’enjeu sera d’intégrer ces flux d’information pour établir un « bouclier numérique » : en clair, croiser les données Remote ID, les géo-zones de restriction et les capteurs de détection classiques (radars, acoustiques, RF) afin de filtrer automatiquement les alertes. Un drone respectant toutes les règles (émettant son ID, dans un couloir autorisé) pourra être surveillé sans panique inutile, tandis qu’un drone en infraction déclenchera immédiatement les procédures d’intervention.

Nouvelles menaces et parades : Les criminels ou terroristes risquent évidemment de tenter de contourner ces mesures (drones sans marque ou modifiés pour ne pas émettre d’ID, vols en rade rase pour éviter les capteurs, etc.). Les technologies anti-drone devront donc rester en pointe pour détecter y compris les drones non coopératifs. Néanmoins, le fait que la plupart des drones licites émettront un signal identifiable facilitera la tâche : les systèmes anti-intrusion pourront traiter tout écho non identifié comme une menace prioritaire, réduisant les faux positifs.

En outre, la généralisation des classes C5/C6 signifie que les drones professionnels voleront avec des fonctionnalités de sécurité actives (kill switch, geo-awareness) – un drone qui désactive ou n’intègre pas ces fonctions basiques sera d’autant plus louche. Les forces de l’ordre disposeront d’un cadre légal plus robuste pour intervenir : en 2026, le survol illégal d’un site protégé avec un drone non immatriculé et sans Remote ID constituera une infraction flagrante, justifiant neutralisation immédiate et enquête. Du côté industriel, on peut s’attendre à ce que de nouvelles solutions anti-drone émergent ou se démocratisent (réseaux de capteurs Remote ID déployés autour des aéroports, drones « gardiens » interceptant les intrus, brouillage sélectif ciblant l’appareil suspect sans perturber les autres, etc.), avec un marché tiré par la nécessité de protéger un espace aérien basse altitude devenu plus fréquenté.
Surveillance des sites sensibles : Les responsables sécurité de sites sensibles (installations gouvernementales, militaires, industrielles…) devront adapter leurs protocoles. La réglementation 2026 offre un cadre pour exiger la conformité des drones aux abords de ces sites. Par exemple, un organisateur d’événement ou un gestionnaire de stade pourra conditionner l’autorisation de survol à la fourniture des identifiants Remote ID et à la preuve de classe CE du drone du prestataire, assurant ainsi que seules des plateformes approuvées opèrent.

Par ailleurs, l’agrandissement de certaines zones d’exclusion de vol est d’actualité (en 2025, la France a étendu le rayon d’interdiction autour des centrales nucléaires de 2,5 km à 5 km)[44], et les pilotes devront impérativement respecter ces zones via les outils de geo-fencing et les cartes à jour (Géoportail). La conformité logicielle des drones (bases de données des zones interdites, liaison U-space active en zone contrôlée) sera aussi un élément surveillé. Il incombe aux opérateurs de sécurité de vérifier que les drones autorisés sur site sont à jour de ces aspects, afin d’éviter des incidents involontaires (un drone professionnel non mis à jour qui pénétrerait sans alerte dans une zone No Fly, par exemple).
En résumé, la réglementation drone version 2026 fournit aux acteurs de la sécurité davantage de visibilité et de leviers d’action pour distinguer les usages légitimes des menaces, à condition de déployer les moyens de réception et d’analyse des signaux numériques. Il s’agit d’un progrès vers un ciel plus ordonné, mais qui nécessite une vigilance constante face aux contournements possibles. La lutte anti-drone va évoluer vers plus d’intelligence logicielle (analyse des télémétries Remote ID, intégration aux systèmes de défense existants) tout en conservant l’importance des mesures traditionnelles de neutralisation immédiate lorsque la situation l’exige.
Conclusion : aider à la transition
Le 1er janvier 2026 marque une bascule réglementaire majeure pour l’univers des drones civils en France et en Europe. Pour les opérateurs et les professionnels de la sécurité, le mot d’ordre est anticipation et adaptation. Concrètement, cela signifie : mettre à niveau son équipement (drones aux normes C5/C6 avec Remote ID intégré)[12][25], obtenir les certifications requises (formation STS et certificat CATS à jour)[28], ajuster ses procédures et documents (déclarations d’activité, manuels d’exploitation mis en conformité)[40], et adopter les bonnes pratiques de sécurité (activation du Remote ID, respect scrupuleux des zones et créneaux autorisés, notifications préalables en milieu sensible). Du côté des acteurs de la sûreté, il est tout aussi crucial de s’équiper pour tirer parti des nouvelles règles : disposer de récepteurs Remote ID, se former à l’utilisation des nouvelles bases de données européennes, et intégrer ces éléments dans les protocoles de réponse aux menaces drones.
Si ces changements peuvent sembler contraignants au premier abord – investissements dans de nouveaux drones, nouvelles formations, ajustements administratifs – ils constituent en réalité une opportunité d’élever le niveau de sécurité et de professionnalisme de toute la filière. Un cadre unifié signifie des opérations plus fluides d’un pays à l’autre, un accès simplifié à de nouveaux marchés pour les opérateurs conformes, et une meilleure acceptation du public grâce à des garanties accrues (drones plus sûrs, mieux identifiés, mieux encadrés). Pour la France, qui fait figure de pionnière sur certains aspects (tests de livraison par drone, exigences de signalement électronique précoces, etc.), il s’agit d’embrasser pleinement ce cadre européen tout en veillant aux spécificités nationales (comme la protection des sites sensibles).
En somme, janvier 2026 n’est pas une fin mais un début : celui d’un environnement opérationnel clarifié et stabilisé, où chaque acteur – télépilote, exploitant, autorité, force de l’ordre – connaît les règles du jeu. À chacun désormais de s’y conformer rigoureusement pour continuer à faire évoluer les drones en toute sécurité au-dessus de nos villes et de nos campagnes. [30][45]
Joffrey Limandas
Directeur Général - Cofondateur
Réferences bibliographiques
[1] [2] [7] [8] [9] [12] [13] [15] [16] [17] [30] [35] [40] Transition Drone 2026 : nouvelles règles STS, C5 C6
[3] [10] [11] [25] [28] [29] Réglementation Européenne : Quels sont les changement au 1er janvier 2026 ? - DroneKeeper
https://www.dronekeeper.com/reglementation-europeenne-quels-sont-les-changement-au-1er-janvier-2026/
[5] [6] [32] [38] [39] Ce qu'il faut retenir des changements majeurs en réglementation drone au 1er janvier 2026 - Clearance
[18] [19] [20] [21] [22] [23] [26] [27] [36] [42] [43] [44] Nouvelles Règles Drones 2025 - Révision-Drone.fr
[24] [34] Exploitation de drones en catégorie spécifique | Ministères Aménagement du territoire Transition écologique
[37] Drones (UAS) | EASA


![Le 31 décembre 2025 marque la fin définitive des scénarios nationaux français S1, S2 et S3, remplacés dès janvier 2026 par les scénarios européens standardisés STS-01/02[2][3].](https://static.wixstatic.com/media/4a296c_9fdbcf8afbc7477498a52bf6885fab50~mv2.jpg/v1/fill/w_560,h_325,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/4a296c_9fdbcf8afbc7477498a52bf6885fab50~mv2.jpg)



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